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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/201

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pourquoi donc reviendrait-il dans cette lande comme il y revient ?

Néel avait entendu parler des visions de la Malgaigne, que les paysans disaient goubelinée[1] depuis bien du temps. Il ne s’étonna donc pas du tour que prenait alors son esprit.

— Vous l’avez donc vu ? lui dit-il.

— Régulièrement tous les samedis, quand je passe par ici — fit-elle comme si elle eût parlé du fait le plus naturel — et même quelquefois sur semaine. C’est un samedi que le porte-balle de Périers fut assassiné, et c’est un samedi que son assassin périt sur sa roue.

Toutes les nuits du samedi au dimanche, il rôde par ici, quelque temps qu’il fasse, qu’il soit humide ou sec, qu’il fasse nuit noire ou clair de lune, que le vent soit d’amont ou d’aval ! Je le rencontre souvent assis sur la barre de l’échalier qui ferme ce côté de la lande par où nous allons sortir, ou marchant sur le bord de l’étang du Quesnay, coulant plutôt que marchant sur ses jambes brisées et ramollies par les coups de barre du bourreau et qui semblent flotter comme des bragues[2] vides !

Il est silencieux comme il fut dans les derniers temps de sa vie, n’ayant pas l’air de plus

  1. Qui voit des gobelins, des fantômes, la nuit.
  2. Culottes.