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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/200

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Sauvons-nous maintenant, Désirée ! — Oh ! attends encore, répondit-elle ; j’ai apporté le bénitier du pied de mon lit où il y a un reste d’eau bénite : laisse-moi l’en arroser, puisqu’il n’y a pas pour lui de terre sainte ; — et elle le fit comme elle le disait. Mais hélas ! l’eau bénite, tombée du goupillon du prêtre ou du bénitier d’une pauvre fille enamourée, ne fait pas leur lit de terre plus tranquille à ceux qui ont si grandement offensé Dieu !

— Il ne s’est donc pas assez repenti ? — dit alors Néel touché, et comme imbibé d’attendrissement par l’épilogue de cette histoire. Vous disiez, mère Malgaigne, que les bons payaient pour les méchants. Est-ce que les larmes et les prières de cette fille infortunée ne seront pas comptées devant Dieu ?

— Je ne sais pas s’il s’est repenti, reprit la Malgaigne, l’abbé de Neufmesnil n’a jamais ouvert la bouche ni en bien ni en mal sur le pécheur qu’il avait assisté ; et quant à la Travers, si elle l’a aimé, elle n’était plus innocente, — ajouta-t-elle d’une voix austère.

Néel, qui rêvait l’amour de Calixte et qui le voulait comme on veut une conquête, resta plongé dans le silence, impatient de l’avenir, le dévorant et dévoré par sa pensée.

— S’il était pardonné, s’il avait trouvé grâce devant son juge, — continua la Malgaigne —