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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/20

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une à une les sensations qu’elle avait éprouvées en écoutant une première fois ce grand conteur ? Voulait-elle pénétrer les miennes, chercher des griefs pour plus tard, des bobines que les femmes se plaisent à dévider avec ceux qui les aiment et dont elles ont l’écheveau toujours prêt sous la main ? Voulait-elle ?… Savait-elle seulement ce qu’elle voulait ? Mais nous eûmes l’histoire, ou plutôt nous eûmes, ce soir-là, le commencement de l’histoire, car cette histoire était trop longue pour qu’en une seule fois il fût possible de la raconter.

En la réentendant, elle ne pensa même pas à demander un châle à sa femme de chambre qui, vers dix heures, l’en enveloppa. Je compris alors ce que deviendrait Rollon Lagrune, s’il voulait écrire. La nuit passa, toute, à l’écouter, sur ce balcon, tellement pris et enlevés que madame de…, qui n’avait jamais affronté la fin d’un bal, — cette agonie, — avait oublié qu’il y eût au monde une aurore, cruelle aux visages qui ont veillé ; et pour la première fois, avec son teint meurtri, ses cheveux alourdis, ses yeux battus, elle en brava les clartés roses. Le jour seul, le jour impatientant interrompit notre histoire.

Le lendemain, Rollon put la reprendre, à la même heure et à la même place, et, chose étrange ! elle ne perdit rien à être ainsi inter-