Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/198

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à travers la lande, moins claire de minute en minute, et dans laquelle elle venait d’évoquer un pareil souvenir. Amoureux comme il était, Néel de Néhou ne put s’empêcher d’avoir une curiosité d’amoureux.

— Et la fille à Travers ? dit-il à la Malgaigne.

— Ah ! vous pensez qu’elle l’aimait ! répondit la vieille femme. Eh bien ! monsieur Néel, j’ai eu comme vous toujours cette doutance. Elle était banquée[1] avec Colin Harivel, et elle l’épousa peu après pour mourir à son premier enfant : car c’est des reins qu’elle boitait et non pas des pieds, et le médecin qui l’accoucha dit qu’elle devait mourir à ses premières couches, puisqu’on avait eu l’imprudence de la marier, la pauvre estropiée.

Mais banquée, et quoique Colin Harivel fût le mieux découplé et le plus faraud des garçons de Benneville, j’ai toujours cru que l’habit blanc, cet oiseau de passage, lui avait passé bien rez du cœur ! Le soir qu’ils l’apportèrent ici pour qu’il y demeurât en exemple, exposé aux émouchets et aux corneilles, elle se jeta encore à moi comme le jour du supplice, et me pria et supplia, les mains jointes, d’aller quant

  1. Quand on a publié les bans d’une fille, en Normandie, les paysans la disent banquée.