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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/197

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du corps avec un vilebrequin. Il s’étendit lui-même sur la croix de Saint-André, et le bourreau, qui était le bourreau de Caen, prit sa barre et le rompit en cinq fois. À chaque fois que la barre tombait sur ses os, il faisait un han ! qui nous retentissait jusque dans le ventre, à nous, la foule.

Au cinquième coup qu’il reçut sur le creux de l’estomac, l’abbé de Neufmesnil demanda un verre d’eau pour le patient, qui avait soif, et tout de suite on vit arriver, par les airs, ce verre d’eau qu’on avait pris à la fontaine de Saint-Gonod, qui est au fond de la place, et qui passa de main en main jusqu’à l’échafaud, sans qu’il en versât une seule larme, quoiqu’il fût tout plein, ras les bords.

En voyant ce verre d’eau qui reluisait au soleil et que l’abbé de Neufmesnil n’avait demandé que pour abréger le supplice du condamné — car on assure que les rompus, dès qu’ils boivent une goutte d’eau, expirent — sans doute que la Travers eut la même idée qui me prit au chignon, car, toute hagarde sur la croupe de son cheval et collée au sergent, elle me montra cette eau qui brillait : « Tu le lui avais bien dit ! » fit-elle.

Néel, tout brave qu’il était, eut un léger frisson aux derniers mots de la Malgaigne. Elle avait fini son histoire et avait repris sa marche