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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/195

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pée le bouton d’un habit de soldat, arraché sans doute dans la lutte et que Dieu mettait là comme une preuve ; mais on ne les rejoignit que passé B…, dans une maison borgne où l’on donnait à boire et où ils ripaillaient depuis une couple d’heures environ.

Quand ils entendirent le pas des chevaux de la maréchaussée qui s’arrêtaient à la porte, il y en eut deux qui sautèrent par une fenêtre de derrière et s’ensauvèrent, mais le troisième fut pris, dormant la tête sur le pot de cidre qu’il avait vidé. Le brigadier, qui lui mit la main à l’épaule et qui l’éveilla, lui dit : « L’ami, nous venons vous rapporter le bouton que vous avez perdu hier soir dans la lande du Hecquet. » Et, de fait, le bouton retrouvé s’ajustait droit à la place où il en manquait un sur la poitrine du soldat. Ainsi découvert, il se laissa prendre. Comme il lui mettait les courts-bras : « Hé ! camarade, nous sommes de connaissance. Vous avez déjà passé au bourg de S… », fit le brigadier : c’était le vieux Horsain, un gaillard qui avait l’œil bon. Il venait de reconnaître le jeune soldat qui avait bu et mangé à la Branche de Houx, chez Travers.

C’est au bourg de S… qu’on le jugea, — continua la Malgaigne : — il fut condamné à être rompu vif pour son crime, et ce fut même la dernière fois que l’on rompit dans le pays. Pen-