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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/193

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repris-je, et c’est cette eau qui vous tuera. — Grande sotte, répondit-il, je suis un marin de terre ferme. Fais-moi donc un peu mieux mourir ! » — Et par manière de josterie il me cingla le bas de mes jupes d’un coup de baguette de coudrier qu’il avait coupée dans les haies. Mais je n’eus brin de colère. J’étais dominée ! Les derniers mots partirent. « Ce n’est pas de l’eau de mer non plus, fis-je : c’est de l’eau douce, douce mais cruelle. Il n’en faudra pas bien des gouttes pour vous tuer, monsieur le soldat ! »

Oh ! si vous aviez vu, monsieur Néel, le regard qu’il jeta sur l’envergure de sa poitrine, car il était, comme vous, fin de taille, mais large d’épaules. Tout à coup il s’éclaffa de rire, lampa le verre d’eau-de-vie qu’il avait devant lui et le replaça si dru sur la table qu’il le cassa et en évalingua[1] les têts aux poutres. Mais nul autre que lui ne songeait à rire. La Travers était pâle comme sa coiffe. Deux heures après il avait payé son écot, rebouclé son sac et s’en était allé, — sifflant.

Néel oubliait que son père l’attendait à Néhou.

— Deux ans en suivant, — continua la Malgaigne, — deux ans, jour pour jour, trois habits blancs s’enfonçaient dans la lande du Hecquet, au

  1. Lança.