Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/190

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ces, et en secondes la comtesse de Turbemer. C’est là des années ! Il faut vraiment que la mort m’ait oubliée pour qu’à cette heure je puisse marcher, comme je le fais, la terre du Seigneur.

Du bourg de S… et de ses dépendances, je suis à présent peut-être la seule, avec Julie la Gamase, qui est du bourg, à me souvenir de celui qui a pourri ici, comme un chien, sur la croix de Saint-André dont vous voyez le bout encore, — fit-elle en frappant de son bâton sur un bois grossier qui sortait du sol et qu’on eût pris aisément pour une racine d’arbre arrachée.

— J’ai entendu parler du crime, un crime pour de l’argent, à ce qu’il paraît : mais, puisque vous avez connu l’assassin, mère Malgaigne, quel homme était-ce ? — demanda Néel, qui, dans sa préoccupation actuelle, n’aurait eu aucune envie de cette vieille histoire, si la Malgaigne n’avait comparé l’incrédulité du criminel à celle de Sombreval et à la sienne ; — je croyais que ce n’était pas un homme du pays.

— Il n’en était pas non plus, — répondit-elle, et même on n’a jamais su ce qu’il était et d’où il était, car il est mort sans avoir jamais voulu dire son lieu de naissance ni son nom. La justice le sut peut-être, mais il mit cet honneur dans son infamie qu’il ne voulut la