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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/19

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Pendant des mois, des mois entiers, il avait recueilli les fragments épars de cette histoire, comme on recueille par terre le parfum qui s’échappe d’un flacon brisé… Je la lui demandai avec instance, et quelle fut ma surprise ! il ne me la refusa pas ! Les âmes qui se comprennent se devinent. « Tous ceux qui ont été frappés du portrait sont dignes de l’histoire », me dit-il. Il l’avait racontée à madame de… sur les rochers de Tréport, la mer à leurs pieds, et pour ne pas l’ennuyer d’une redite, il me la raconterait, un de ces jours…

Mais elle exigea qu’il la dît encore et tout de suite, là, sur ce balcon, dût-elle y passer toute la nuit à l’écouter ! La taquinerie était finie. La girouette de son caprice avait tourné ! Elle ne craignait plus l’air de la rivière qui fraîchissait toujours davantage, qui roulait et déroulait en spirales folles ses rubans cerise !

Elle ne craignait plus rien. Elle était intrépide. Elle avait chaud. Elle brûlait. Elle était de marbre. Elle valait les quatre statues de là-bas… Elle en aurait le silence. Elle en aurait l’immobilité, car elle ne se lèverait pas de son socle ou de sa ganache que l’histoire qu’elle demandait ne fût entièrement terminée, ce qui était parfaitement impossible, mais ce qui était une raison de plus !

C’était donc décidé… Voulait-elle reprendre