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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/188

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avaient jamais poussé, mais ce fut trop tard.

— De qui donc parlez-vous, la mère ? interrompit Néel.

— Je parle de celui dont les os sont là-dessous, répondit-elle. Est-ce que nous ne sommes pas à l’endroit de la lande qu’on appelle la place au Rompu ?…

Néel avait souvent entendu parler de cette place dans la petite lande du Hecquet. Mais, quoiqu’il n’eût jamais quitté le pays, ce qu’il en savait était vague. Rien d’étonnant. Le fait qui avait marqué de cette appellation obscure et lugubre dans la mémoire des gens d’alentour l’endroit que lui désignait la Malgaigne remontait plus haut que la Révolution, cette large ornière de sang qui a coupé en deux l’histoire de France, et dont les bords s’écartent chaque jour de plus en plus.

Néel, dès son enfance, avait entendu dire au tiers et au quart qu’un horrible crime avait été commis à cette place et que l’homme qui l’avait commis, après avoir été rompu, selon la loi du temps, avait été exposé à l’endroit même de son meurtre, comme un enseignement terrible pour ceux qui prendraient par ce chemin.

La pitié de chaque passant ou son épouvante avait jeté, en détournant les yeux, sa poignée de terre sur ce cadavre fracassé et sans sépulture et y avait formé, à la longue, comme le