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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/186

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qui en tuerait jusqu’aux pierres, si des pierres, cela pouvait mourir ! Voyez ! » ajouta-t-elle en se retournant du haut du planître[1] où ils étaient et en indiquant du doigt le Quesnay, aux murs blancs, posé au fond de la vallée comme la corbeille de linge qu’une lavandière eût oubliée au bord de l’eau.

Le château avait perdu les derniers rais de lumière qui avaient joué longtemps sur les aiguilles de ses girouettes. Les ombres du soir s’allongeaient. L’ardoise du toit n’étincelait plus.

— Avant dix ans, avant cinq ans peut-être — dit-elle avec mélancolie — il n’y aura plus un seul arbre debout de ces hautes futaies ! une seule pierre sur pierre de ce château qui avait été bâti à chaux et à sable par les aïeux de ces Du Quesnay dispersés ! Rien ne sera plus dans ce coin de pays, comme nous le voyons ce soir ; rien, si ce n’est l’étang, trop profond pour qu’on le dessèche, où le mendiant qui passe viendra laver longtemps encore le bout de son bâton fangeux !

La campagne était si verdoyante, les bois si touffus et si hauts, les blocs unis qui formaient ces murs blancs si bien liés et si solides, qu’un flot de jeunesse et d’espérance revint au cœur

  1. Esplanade, — place où l’on se réunit. — Patois.