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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/185

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payaient pas, qui donc, le jour des comptes, acquitterait la rançon des coupables devant le Seigneur ?…

Cette parole profonde, tombée de ces lèvres que le monde eût regardées comme insensées, sillonna l’âme de Néel d’un éclair qui devait y rester.

— Et comment mourrons-nous ? dit-il, vaincu, subjugué, mais ne tremblant pas, puisque son sort était lié — comme un anneau pris dans un autre anneau — au sort de cette jeune fille pour laquelle il avait des folies d’amour dans la tête et des abîmes de tendresse et de pitié dans le cœur.

— Je l’ignore, fit-elle simplement. Pour le savoir il faudrait faire ce que je ne fais plus, redevenir ce que j’ai cessé d’être, agacer la bête muette, risquer mon âme encore une fois à ces tentations du Démon. Quand je n’avais pas peur de prendre l’avenir dans ces mains d’argile, vous n’étiez pas nés, vous et Calixte : il n’y avait encore sur la terre que Jean Sombreval. Je ne vis que son sort, à lui qui devait étouffer Dieu dans son âme, tuer sa femme, tuer sa fille, tuer l’homme assez enfantômé[1] pour aimer cette morte vivante : tuer jusqu’à ce château convoité et acheté par l’orgueil, et

  1. Ensorcelé, qui voit des fantômes.