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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/184

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dis de lossez[1] de vieille femme affaiblie ; Jean Gourgue-Sombreval ne le peut pas, lui ! Il lui est défendu de mépriser mes paroles. Mais il est plus orgueilleux que le roi dont parle l’Écriture, qui vit la main sans bras écrire sa ruine sur le mur, car il s’épanta à cette vue, et Sombreval, dans l’ivresse de sa science, l’aurait regardée comme un phénomène de la nature qu’il se serait mis à étudier.

— Oui, c’est un savant… murmura Néel, que cette femme rendait de plus en plus rêveur, et chez laquelle il trouvait un accent de bonne foi qui le confondait encore plus que l’élévation soutenue de son langage.

— Et toute sa science ne le sauvera pas, fit-elle, ni lui ni sa fille, qui meurt par lui… qui est condamnée… Vère ! oh ! comme vous voilà tout effabi[2], monsieur Néel ! Elle meurt de son père comme on meurt d’un cancer au sein, cette fillette ; elle en meurt comme vous mourrez par elle aussi, vous ! agrafé par un fol amour à cette enfant qui vous entraînera dans sa perte ! Vous êtes comme la chaîne de maisons que le même feu va dévorer. Il faut bien que les bons, les innocents et les justes payent pour les pécheurs dans cette vie : car, s’ils ne

  1. Bavardage.
  2. Pâle et défaillant à faire croire qu’on va s’évanouir.