Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/180

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et que vous, plus curieux que lui, mais non plus sage, vous avez eu la fantaisie ce soir d’en mesurer la profondeur !

— Eh bien ! dit-il avec explosion, comme forcé dans ses gardes par la pénétration de cette vieille tranquille, aux yeux baissés, — c’est vrai, la Malgaigne, je veux savoir… ce que vous savez !

— Le roi disait « nous voulons », quand il y avait un roi, monsieur Néel, — dit-elle noblement ; — mais ce que je sais, ajouta-t-elle avec une espèce de tristesse résignée, c’est votre perte, à tous les trois, aussi certaine que si la barque dans laquelle vous étiez tassés, il y a une heure, se fût entr’ouverte et que les vases de l’étang vous eussent engloutis !

— Vous êtes sinistre, la mère ! — dit Néel assombri.

— Ce n’est pas moi qui le suis, mais la destinée.

— Peut-on l’éviter ?

— NON ! répliqua-t-elle. Et le jeune homme baissa la tête, mais il respira. Il était soulagé et presque heureux de penser que, du moins, il n’avait pas son amour à combattre et qu’il pouvait s’y abandonner tout entier, au prix de périr !

Cependant, il ne se rendit pas ainsi au premier mot de la Malgaigne et à son ascendant