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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/18

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profonde que toutes les images. Même leurs maîtresses vivantes et possédées, les poètes les étreignent encore mieux avec une pensée qu’avec leurs bras, quand ce seraient des bras d’Hercule.

Certes, Rollon Langrune, un de ces puissants intellectuels, n’avait pas besoin de cette gouache, empâtée de céruse par une main anonyme, mais inspirée, pour retrouver, là où Milton l’aveugle voyait son Ève, la tête ineffable de ce médaillon, près de laquelle le visage si touchant et si connu de la Cenci, peinte par Titien amoureux, quand elle allait à l’échafaud, manquait de délicatesse et de mélancolie. Il ne s’était donc pas appauvri en le donnant…

À dater du jour où il l’avait aperçue pour la première fois, « et vous ne devineriez jamais où je le trouvai, — ajouta-t-il en forme de parenthèse, — vous le saurez plus tard, » il s’était mis en chasse (ce fut son expression) pour savoir l’histoire de cet être qui, plus beau et plus virginal que la Cenci, la pure assassine de son père, semblait aussi porter comme elle le crime d’un autre sur son innocence.

Dévoré des mêmes curiosités que je ressentais, il voulut alors soulever ce bandeau rouge qui devait rester éternellement au front du portrait, ce bandeau qui était teint de sang, peut-être, et qui déshonorait les lignes idéales de ce front divin.