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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/179

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qui l’aurait rencontrée l’eût prise pour une aveugle, familière au chemin qu’elle menait d’un bâton plein de clairvoyance… En avait-elle la finesse d’ouïe ? Toujours est-il que, les yeux baissés, elle dit à Néel, sans le regarder :

— Enfin, vous voilà donc, monsieur Néel, je vous attendais !

— Vous m’attendiez ?… Pourquoi m’attendiez-vous ? fit Néel de Néhou, surpris tout à la fois et des paroles de la Malgaigne et de sa physionomie absorbée.

Elle continua de marcher sans relever les cils blancs de ses yeux.

— Parce que le monde est renversé ! dit-elle avec une exaltation contenue, mais croissante, parce que les Sombreval sont au Quesnay, et vous avec eux, monsieur Néel, vous le cousin des anciens seigneurs ruinés de qui ç’a été si longtemps la place ! Parce que le fils de votre père s’est affolé de la fille d’un prêtre marié, de Jean Sombreval…

Néel devint pâle, et la veine de son front se gonfla, mais pour se dégonfler et disparaître, car il n’avait pas de colère à avoir, l’impétueux jeune homme ! Il sentait trop qu’elle disait vrai.

— Parce que vous aussi, — continua-t-elle, — vous êtes sur le bord du gouffre près duquel marchent, sans le savoir, Sombreval et sa fille,