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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/176

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rait pas assez vite pour qu’il ne pût la rattraper, lui, avec ses jambes de dix-huit ans. Il n’était pas intervenu dans la scène du bord de l’étang ; il avait, comme Calixte, gardé le silence pendant cette singulière entrevue de la grande Malgaigne et de Sombreval, mais des trois il n’avait pas, certes, été le moins frappé et de la femme et de ses paroles.

Jusque-là, en effet, il pouvait penser qu’il ne connaissait pas la Malgaigne. Il lui avait parlé quelquefois pour lui dire bonjour ou bonsoir, quand il la rencontrait le long des routes revenant de journée ou y allant, — car il était affable avec les pauvres gens, disaient-ils, et il avait toujours remarqué la grande mine et le grand air de cette antique fileuse sous son accoutrement de paysanne : mais d’elle à lui et de lui à elle, ç’avait été tout.

Dans son élan de jeunesse, Néel ne songeait guère à se rendre compte de ce qu’il y avait de vrai ou de faux dans les contradictions qui couraient sur cette femme étrange à qui les libres penseurs des cabarets du bourg de B… et du bourg de S… n’accordaient pas un esprit bien sain, mais que les campagnards d’entre ces deux bourgades respectaient comme un oracle, et qui venait de lui apparaître sous un aspect inattendu et presque grandiose.

Il se rappelait le mot de Sombreval, parlant