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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/171

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Et elle resta droite et toujours appuyée sur son bâton, dans une immobilité rigoureuse.

Sombreval fronça ses sourcils touffus, avec l’humeur d’un homme qui a rencontré vingt fois la même résistance.

— Allons ! vas-tu recommencer ? dit-il, — et il leva les épaules, moitié de courroux et moitié de pitié.

— Les années sont venues, — reprit-elle avec un ton aussi tranquille que l’était sa placide et sculpturale physionomie, — ta jeunesse est partie ; mais ta violence n’a pas vieilli, Sombreval ! Elle est toujours en toi, comme au temps où je démêlais tes cheveux noirs. Si, jeune, tu ne m’as pas écoutée, est-ce quand me voilà vieille comme les ponts croulés de Colomby que tu m’écouteras ? Seulement, si c’est plus fort que toi de faire ce que tu fais, c’est plus fort que moi aussi de te répéter la même chose, de t’avertir comme je n’ai jamais manqué de t’avertir, quoique je sache que c’est en vain. Nous avons chacun notre destinée. Tu peux t’agiter dans la tienne, mais moi, je suis semblable à la borne du bord de la route, qui dit le chemin, même aux insensés qui ne le suivent pas !

À ces paroles prononcées sans emphase, Calixte se douta bien qu’elle avait devant elle la femme qui avait fait à son père cette pro-