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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/167

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— Oui, dit Sombreval, c’est la Malgaigne du mont de Taillepied. Vous avez raison, monsieur de Néhou, nous n’avons rien à craindre d’une pareille femme. Je la connais aussi, et probablement plus que vous… C’était, bien avant votre naissance, la voisine de notre clos de Sombreval. Je puis dire que dans mon enfance elle m’a soigné comme une mère et comme une nourrice, lorsque mon père était aux champs. C’est celle-là dont je t’ai déjà parlé, Calixte.

Et c’était vrai ! Il en avait parlé à sa fille et, par ce qu’il lui en avait dit, il lui avait donné le désir d’aller voir cette femme dans sa chaumière et de lui faire du bien sur ses vieux jours. Seulement Calixte, plus souffrante à son arrivée au Quesnay, n’avait pas quitté le château, et ce dimanche-là sa première sortie, sa première visite avait été pour le Seigneur.

Ils arrivaient en parlant ainsi tout près de la route. La Malgaigne de son côté, malgré l’affaiblissement de ses yeux, put reconnaître Sombreval : mais elle ne donnait aucun signe qu’elle le reconnût. Elle était toujours immobile et silencieuse comme une statue dont le socle aurait été le bord de cette route qui surplombait l’étang, à peu près d’un pied.

— Tu ne reconnais donc pas ton Jeannotin, ma vieille Malgaigne ? — dit Sombreval avec la