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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/164

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ainsi que l’on exprimait ses rapports avec le monde surnaturel, ce monde qui pèse tant sur l’autre, que nous étouffons sous son poids ! Elle était religieuse et même régulière dans ses dévotions… Mais naturellement, et sans qu’elle fît pour cela rien de répréhensible, elle vivait habituellement sur les limites des deux mondes et quoiqu’elle eût un coup d’œil qui entrait profondément dans la réalité, elle soutenait que le monde invisible était celui des deux encore dans lequel elle voyait le plus.

Les philosophes, comme le matérialiste Sombreval, qui venait, sans la nommer, de l’appeler tête fêlée, l’auraient traitée de visionnaire : mais les gens simples au milieu desquels elle avait vécu sa longue vie tranquille et qui avaient — certains d’entre eux — reçu d’elle beaucoup de bons conseils, la croyaient, sans discussion, quand elle racontait ses apparitions, ses fantômes, ses relations avec les esprits devenus, depuis quelques années, à peu près perpétuelles.

Elle ne les racontait pas d’ailleurs pour s’en vanter et produire un effet quelconque. Au contraire, elle ne parlait de ces choses étranges que parce qu’elles étaient devenues d’une telle fréquence dans sa vie, qu’elles avaient à ses yeux la simplicité des événements les plus communs et qu’il n’y avait plus à s’en étonner !