Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/162

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sées. Ayant appris de toutes les bouches qu’il était établi au Quesnay, — qu’il y était avec sa fille :

« C’est lui qui se promène là-bas avec son enfant, pensa-t-elle ; » et une curiosité que toutes les femmes comprendront, la curiosité de voir cette enfant qui était le crime de son père, la fit rester les mains croisées sur son bâton d’épine, le menton posé sur ses mains.

Dans le fond de son cœur, Sombreval était toujours le Jeannotin à qui elle avait tenu lieu de mère. Le temps n’avait point déraciné de son âme cette affection rude qu’elle portait à cette espèce de fils que l’orgueil, l’ambition et les sciences menteuses avaient entraîné si loin d’elle.

Pendant des années, cette affection s’était passée de témoignages : mais chez les âmes très fortes, on croit les sentiments oblitérés parce qu’ils vivent sans parler, sans remuer, cachés et profonds… C’était une femme d’un caractère plus exalté que les autres femmes de ces contrées : mais cette exaltation, qui l’avait d’abord portée au mal — comme elle disait — avait été contenue et disciplinée par la religion à laquelle elle était retournée sous l’impression du coup de tonnerre de Taillepied.

Objet momentané des haineuses suspicions de ces populations superstitieuses, elle avait,