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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/16

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gnité d’un prince en voyage, avait passé une partie de sa vie avec les paysans, les douaniers, les fraudeurs, les marins et les mendiants des côtes de la Manche, comme Callot avec ses brigands et Fielding avec ses aveugles, ses filles de mauvaise vie et ses Irlandais ; devant, comme eux, rapporter des tableaux immortels de ces ignobles accointances.

Pour mon compte particulier, je ne savais rien de précis sur Rollon Langrune, mais en regardant, en étudiant cette tête expressive, je m’étais souvent dit que les bruits qui couraient devaient avoir raison. Aujourd’hui, par un hasard heureux, l’histoire que je voulais connaître se rattachait, je ne sais encore par quel fil, à cet homme qui dédaignait le succès et portait sa supériorité comme on porte un diamant sous son gant, sans se soucier d’en faire voir les feux.

Si cet homme était réellement, ainsi qu’elle l’avait dit, mon histoire, et s’il voulait, comme elle avait l’air d’en être sûre, me la raconter, j’allais avoir deux grands plaisirs — deux curiosités satisfaites, — l’histoire d’abord, puis l’historien ! — Mais le voudrait-il ?…

— Monsieur Rollon Langrune — lui dit-elle — vous savez bien… ce médaillon que vous m’avez donné ? »

Rollon s’inclina.