Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/158

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour ne pas savoir qu’il y a des faits inexplicables à la raison, et qui courbent tout dans les âmes, quand ce seraient des âmes d’Atlas, capables de porter le ciel.

Il savait cela par l’observation… et par lui-même… Sous le calme des paroles sensées qu’il venait de prononcer, un œil pénétrant aurait pu discerner que la préoccupation dont son esprit riait était plus forte que le rire, et qu’en vain il voulait, esprit fort et cœur fort, établir contre elles une réaction impossible.

À la manière presque violente dont il aidait Néel, on aurait cru qu’il était impatient de sortir de cette eau, qui ressemblait à une glu et sur laquelle la barque se mouvait lentement comme celle-là qui est chargée d’âmes, dans le poème du Dante.

Grâce au coup de main de Sombreval, ils mirent moins de temps à remonter cette eau paresseuse et profonde qu’ils n’en avaient mis à la descendre, quand Néel de Néhou ramait seul. Ils revinrent à la place d’où ils étaient partis et où Néel avait détaché la barque de l’anneau rongé par la rouille, qui la retenait dans le pied tors d’un vieux saule creux. Il demanda à Calixte si elle voulait rentrer au Quesnay ; mais la jeune fille exprima le désir d’aller à l’extrémité de l’étang qui, vous vous le rappelez, s’en venait mourir sur une large