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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/154

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— Quelle pensée, père ? fit Calixte.

— Oh ! répondit-il, une pensée ridicule, une impression de jeunesse, — une sottise indigne de loger dans un cerveau passablement construit. Je puis bien te la dire, à toi qui es la raison même et… la religion aussi, — ajouta-t-il d’une voix moins assurée. Une sainte comme toi, ma chère amour d’enfant, n’est pas superstitieuse. Je n’ai pas peur de t’inquiéter par ce qui troublerait peut-être un cœur moins ferme et moins pur que le tien. Ma Calixte n’est pas une fille comme toutes les autres, monsieur Néel. C’est ma nonpareille, à moi, comme ils disent, aux Florides, du plus charmant de leurs oiseaux !

— Ah ! père, — dit-elle modestement, — et votre pensée ?…

— La voici, fit-il, puisque tu la veux. C’était il y a bien longtemps, avant ta naissance, au moment où je commençais d’étudier et de sentir cet amour de la science qui a fait de moi… ce que je suis devenu et ce qu’il fallait bien que je devinsse, car, moi, je ne crois qu’aux instincts ! Ils expliquent tout dans la vie. Eh bien ! à cette heure-là, une femme qui avait pris soin de mon enfance et qui passait dans ce pays, ignorant et crédule, pour savoir les choses de l’avenir, me prédit que l’eau, un jour, me serait funeste, et cette rêverie de tête fêlée