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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/153

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retourna la sienne du côté du Quesnay et revint.

Sombreval qui, pendant le lent parcours, avait dit peu de chose, — comme si la rêverie qui avait envahi Calixte et qui s’élève toujours plus ou moins pour tous les esprits, d’une promenade sur une eau tranquille, entre deux rives solitaires, s’était aussi emparée de sa tête active, — Sombreval avait ramassé un débris de rame au fond de la barque et s’était mis à aider Néel de son bras nerveux.

Le croiriez-vous ? Avec sa force d’intelligence et de caractère, il venait d’obéir à une pensée… qui le fit sourire avec amertume, — de ce sourire qu’on a, quand on se juge soi-même et qu’on se fait un peu pitié… Calixte, qui connaissait les moindres mouvements de la physionomie de son père, oublia que l’étranger Néel était là :

— À quoi pensez-vous donc, mon père ? lui dit-elle ; vous venez de sourire de votre sourire que je n’aime pas.

Il en eut un autre pour lui répondre :

— Tu me regardais donc, ma douce fillette ! Tu n’oublies donc jamais ton père ! Oui, c’est vrai… j’ai eu une pensée absurde qui m’a poussé à prendre cette rame, et j’ai souri à cette pensée, en voyant qu’elle m’avait dominé une minute, — qu’elle avait été plus forte que moi.