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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/151

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qu’il y avait de l’exagération dans ces bruits, cependant elle était malade ; cela était évident.

Il l’avait entendu dire aussi à Sombreval, qui avait pour elle ces précautions suprêmes, plus expressives que les paroles, et cette idée qu’elle souffrait, — que Dieu peut-être l’avait condamnée à mourir, pour punir le crime de son père, — entrait comme une lame dans le cœur de Néel. Il n’avait pas (on le comprend) hasardé une question sur le mal secret de Calixte : mais c’était sans doute (pensait-il) à cause de ce mal qu’elle portait au front ce bandeau qui lui cachait presque les sourcils.

Plus poétique que savant, il s’imaginait que ce cercle de pourpre empêchait ce front délicat d’éclater sous quelque douleur. Il y attachait mille curiosités et mille rêves. Après le dîner où Sombreval montra une cordialité à pleine main, avec son convive, ils allèrent se promener au jardin, et ils vinrent bientôt au bord de l’étang sur lequel flottait, oubliée, la vieille barque des Du Quesnay.

Néel demanda à Calixte si elle voulait se promener sur l’étang. Habile à manœuvrer les barques, comme tous les riverains des marais, il démarra facilement la vieille chaloupe de son ancrage ; et, après y avoir fait entrer le père et la fille, il la poussa vigoureusement, à travers les joncs, en pleine eau.