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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/150

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le plus touchantes, — dans les négligences de l’intimité.

En rentrant au Quesnay, elle avait ôté le long châle blanc dont elle enveloppait sa gracieuse et pudique langueur, et l’amoureux Néel put étreindre du regard cette taille longue et brisée de jeune fille malade, qui mêle aux désirs tous les frissons de la terreur.

Calixte, mieux que l’Edith d’Harold, pouvait s’appeler au col de cygne ; mais son col de cygne, à elle, avait la beauté fatale et mortelle de celui d’Anne de Boleyn, qui semblait avoir été formé pour tomber aisément sous la hache sans force d’un bourreau navré de pitié.

Comme Anne de Boleyn, Calixte pouvait faire de sa main un collier fermé à ce cou mince et flexible que Pauline Borghèse (l’idéal vivant de Canova) montre aussi dans les portraits que nous avons d’elle. La course finie, Calixte reposée avait repris toute sa pâleur. Sa robe, ses bras, son cou, son visage étaient du même blanc, profond et diaphane, et cette pâleur albâtréenne jetait dans l’amour de Néel l’inquiétude et la mélancolie.

Calixte était souffrante ; il le savait bien. Il avait ouï parler dans le pays d’une maladie nerveuse, — d’un mal inconnu, extraordinaire, un châtiment de Dieu qui accablait la pauvre fille, et quoiqu’il fût porté maintenant à croire