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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/15

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taire les doutes menteurs ou les incrédulités de l’envie.

Positif comme la forte race à laquelle il appartenait, ce rêveur, qui avait brassé les hommes, les méprisait, et le mépris l’avait dégoûté de la gloire. Il ne s’agenouillait point devant cette hostie qui n’est pas toujours consacrée et que rompent ou distribuent tant de sots qui en sont les prêtres !

D’un autre côté, en vivant à Paris quelque temps, il avait appris bien vite ce que vaut cette autre parlotte qu’on y intitule la Renommée, et il n’avait jamais quémandé la moindre obole de cette fausse monnaie à ceux qui la font. À le juger par l’air qu’il avait, ce n’était rien de moins que le Madallo du poème de Shelley, c’est-à-dire la plus superbe indifférence des hommes, appuyée à la certitude du génie… Le sien, dont on parlait tout bas, était, disait-on, un génie autochtone, le génie du pays où il était né, et qui, jusqu’à lui, avait été à peu près incommunicable.

Quelque jour Rollon Langrune devait être, disaient les jugeurs, le Walter Scott ou le Robert Burns de la Normandie, — d’un pays non moins poétique à sa façon et non moins pittoresque que l’Écosse. On ajoutait même que cet étrange observateur qui, sous ses vêtements noirs, avait alors au balcon de Mme de… la di-