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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/146

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l’avait arrangé uniquement en vue de celle qui devait y rester solitaire. Il en avait ouaté les murs ; orné d’une mosaïque d’or, d’agate et de porphyre le plafond creusé en voûte, comme le couvercle de l’écrin de soie au centre duquel reposait et brillait mystérieusement sa perle malade, ainsi qu’il appelait son enfant, avec la poésie de la science, car la beauté de la perle vient, dit-on, d’une maladie, et la beauté de Calixte se redoublait de tout ce qui la faisait souffrir.

Mais la perle n’est pas plus insensible à son écrin que Calixte aux recherches du luxe dont il l’avait entourée. Comme tous ceux qui aiment avec idolâtrie, Sombreval avait voulu réaliser autour de sa fille un conte des Mille et une Nuits ; donner pour cloche à sa rose pâle une merveilleuse bulle de savon, étincelante, aérienne et solide, soufflée artistement du fuseau des fées par l’Amour.

Il avait doublé de nacre, d’opale et d’outremer les volutes moelleuses de la coquille où ce chef-d’œuvre de son cœur devait reposer, et pour cela, il avait rusé et menti, cet homme élevé entre une huche de pain noir et un lit de serge, ce paysan dégrossi qui avait quitté le manche de la charrue pour être prêtre et pour son calice de bois de la pauvre église de Taillepied ! Il s’était mis à jouer une comédie sans