Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/145

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


prix, montés en patères, relevaient des rideaux de la même étoffe qui tombaient, à torrents de plis, le long des hautes fenêtres cintrées. Cette couleur transparente du vert d’eau, qui s’harmonise si bien avec les reflets cristallins des glaces, semblait avoir été calculée par le génie même de la coquetterie pour la pâleur blanche et la couleur d’or fin des cheveux de cette blonde idéale, qui n’y pensait pas ! La coquetterie, c’était le père ! c’était Sombreval.

— Toute autre femme que toi serait laide ici, avait-il dit à Calixte avec l’instinct du peintre, éveillé par l’amour.

Tout d’abord Néel s’étonna de voir dans cet ancien salon de compagnie des Du Quesnay un grand lit doré sans rideaux, à la Louis XIV, recouvert de sa couverture d’honneur : mais il comprit plus tard… et il fut attendri de cette idée, quand il trouva ce lit répété dans tous les appartements du château. Il comprit que cette fille, qu’on disait si étrangement malade, qui vivait perpétuellement entre deux évanouissements, et qu’une crise, d’un instant à l’autre, terrassait comme la foudre, devait avoir partout où tomber. Sombreval avait fait dresser des lits très bas jusque dans les vestibules. « Comme personne (croyait cet abandonné et ce méprisé du monde) ne doit mettre les pieds dans notre salon de compagnie, à nous », il