Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/143

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ce jour-là donc, Néel entra au Quesnay. Il pénétra dans cette maison fermée qu’il avait contemplée si longtemps de tous les points de ces campagnes, sans savoir comment il y pénétrerait jamais. Ce qu’il y vit, ce qu’il y recueillit d’impressions nouvelles et profondes dut augmenter les proportions de son amour, comme le bois sec jeté sur le feu augmente l’étendue de la flamme. L’amour naît d’une seule chose, mais il se compose de toutes. Il ressemble à ces cheveux si fins qui, lorsqu’on les prend un à un, sont impalpables et incolores, et, lorsqu’on les réunit, font une chevelure brillante, compacte et si solide, que c’était par là qu’autrefois on liait les captives au char des vainqueurs…

Tout sublime et véhément que l’amour peut être, il n’est indifférent à aucun détail de la vie, dont il porte la couleur, ce singulier caméléon ! Le luxe et le goût dont Néel avait l’instinct et n’avait pas l’idée, et qu’il trouva sous les rideaux baissés du Quesnay, saisirent pour la première fois l’imagination de ce jeune homme qui avait quelque chose d’oriental par sa mère, et firent, dans sa pensée, comme un fond d’or à la tête byzantine de Calixte — un de ces fonds sur lesquels il allait désormais la voir toujours. Néel n’avait point quitté la tourelle, privée de ses trois sœurs abattues,