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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/141

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Mais cette aumône pour un outrage fut la goutte d’huile sur le feu du brasier.

— Ah ! c’est donc toi qui es la fille au prêtre ! — fit la Gamase au dernier degré de la furie. Mais t’ai-je demandé quelque chose ? t’ai-je tendu la main ? Tiens, vois-tu ? je crache sur ton aumône ; j’aimerais mieux me couper la main ou la voir tomber à mes pieds desséchée, que de la tendre à une fille de l’enfer comme toi !

Et la malheureuse ajouta le geste aux paroles ; elle cracha sur cette bourse que lui avait jetée une charité suprême, et elle la lança à Calixte, heureusement d’une main faible, car elle aurait pu la blesser, si elle l’avait atteinte.

— Calixte, dit tristement le père, tu m’as fait sauver la couleuvre, et elle s’est remise à siffler ! C’était juste. Mais ne restons pas ; viens, ma fille !

Et il l’entraîna.

Néel allait les suivre… il revint et fit deux pas vers la mendiante :

— Julie la Gamase, lui dit-il, vous êtes une méchante et une ingrate qui mériteriez…

Il avait fait un geste, — puis sa colère s’éteignit en voyant cette misère, cette décrépitude, ce cloporte humain, roulé à ses pieds, qu’il pouvait, sans honneur, écraser.

« Dites donc ce que je mérite, monsieur