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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/14

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qu’on lui avait donné pour patron, et cette beauté sévère passait presque pour une laideur, sous les tentures en soie des salons de Paris, où le don de seconde vue de la beauté vraie n’existe pas plus qu’à la Chine ! D’ailleurs il n’était plus jeune. Mais la force de la jeunesse avait comme de la peine à le quitter. Le soleil couchant d’une vie puissante jetait sa dernière flamme fauve à cette roche noire.

Dispensez-moi de vous décrire minutieusement un homme chez qui le grandiose de l’ensemble tuait l’infiniment petit des détails, et dressez devant vous, par la pensée, le majestueux portrait du Poussin, le Nicolas normand, vous aurez une idée assez juste de ce Rollon Langrune. Seulement l’expression de son regard et celle de son attitude étaient moins sereines… Et qui eût pu s’en étonner ? Quand le peintre des Andelys se peignait, il se regardait dans le clair miroir de sa gloire, étincelante devant lui, tandis que Rollon ne se voyait encore que dans le sombre miroir d’ébène de son obscurité. De rares connaisseurs auxquels il s’était révélé disaient qu’il y avait en lui un robuste génie de conteur et de poète, un de ces grands talents genuine qui renouvellent, d’une source inespérée, les littératures défaillantes — mais il ne l’avait pas attesté, du moins au regard de la foule, dans une de ces œuvres qui font