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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/137

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deux prunelles rousses, encore hébétées, mais où la vie revenait, apparurent.

— Elle est sauvée, dit Sombreval, mais il était temps ! Deux minutes plus tard, la congestion était complète. »

Le visage violacé avait perdu sa couleur âpre. Il était devenu plus pâle et le sang accumulé reprenait cours. Les yeux de la vieille étaient fixes, mais l’hébétement qu’ils exprimaient s’effaçait peu à peu et ils s’emplissaient d’intelligence. Ils regardaient les choses, et ils s’y réaccoutumaient.

— Eh bien ! la mère comment vous trouvez-vous ? fit Sombreval.

Elle ne lui répondit pas. On voyait qu’elle cherchait ses idées et ses souvenirs, troublés par son évanouissement et sa chute. Ses lèvres remuaient et prononçaient à mi-voix des paroles inintelligibles d’abord et qui devinrent bientôt moins confuses.

« Aga[1] ! disait-elle, v’là le grand jour ! quelle heure est-il donc ? Faut que j’aie trop dormi. Hier j’étais si lasse ! C’est lundi c’matin, et j’arriverai trop tard ès Hauts-Vents, pour le sûr. C’est à si bonne heure qu’ils font leur charité chez les Golleville ! Dès dix heu-

  1. Exclamation normande.