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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/136

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— Possible ! répondit-il : mais je ne suis pas un vieux chimiste pour rien, jeune homme, et je crois plus à l’efficacité de mes essences qu’à la vertu du baume d’acier.

Et desserrant la bouche contractée de la vieille, il insinua plusieurs gouttes de son élixir dans cette bouche livide, qui semblait un trou dans du limon.

Palpitante d’émotion et d’anxiété, Calixte avait pris l’ombrelle à Néel et l’étendait sur la vieille femme.

— Ma divine enfant — dit Sombreval en relevant la tête, et ses deux yeux noirs s’humectèrent — si je tremble pour toi, je ne verrai plus rien à ce que je ferai.

— Eh bien ! mon père, je garde l’ombrelle. N’aie pas peur ! — fit-elle avec une expression d’enfant surpris, naïve et charmante.

— Tenez ! dit cet homme qui pensait à tout, en poussant ces deux beaux jeunes gens l’un à côté de l’autre, — mettez-vous tous deux là. Votre ombre tombera sur la vieille, et ta tête chère, à toi, sera à l’abri de cet épouvantable soleil.

Il recommença l’expérience de son élixir, mais pour cette fois elle fut heureuse. La vieille pauvresse fit un mouvement. Ses yeux perdirent leur expression spasmodique. Ils roulèrent sous la paupière redevenue mobile, et