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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/135

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— Ô mon Dieu ! elle va expirer, la pauvre femme ! — s’écria Calixte en s’approchant d’elle. Et, comme, après Dieu, elle croyait à la puissance de son père : — Mon père, dit-elle, empêchez-la donc de mourir !

Rapide comme l’éclair, Sombreval donna l’ombrelle à Néel, qui la tint sur la tête bien-aimée ; puis, de ses deux larges mains, il haussa et affermit la mendiante sur sa sacoche. Il prit dans un étui de chagrin qu’il portait toujours un petit flacon rempli de cette essence qu’il avait composée. Il en frotta les tempes de la vieille et il attendit deux secondes, mais elle ne remua pas !

— Je pourrais la saigner, fit-il, en consultant les artères, mais elle est ruinée de vieillesse. Et, d’ailleurs, qui sait ? Les mendiants de ce pays ne meurent pas de faim ! qui sait ce qu’elle a bu et mangé ce matin dans les fermes ? L’estomac est tendu, ajouta-t-il en passant la main sous les haillons de cette créature, rongée peut-être par la vermine… Mais le savant en lui avait tué le dégoût. Il s’était colleté depuis longtemps avec toutes les substances et il ramenait tout à quelques gaz !

— C’est Julie la Gamase du bourg de S…, dit Néel, je la reconnais. Vous ne risqueriez pas grand’chose de la saigner, monsieur Sombreval. C’est une mendiante sobre.