Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/133

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Au point le plus élevé et le plus pelé du mont Saint-Jean, tombée plutôt qu’assise sur une pierre, comme si le soleil lui avait donné ce coup terrible dont parlait Sombreval, et qui peut produire la folie ou l’apoplexie foudroyante, une femme, une mendiante, une masse humaine gisait terrassée, n’ayant, sans doute, pas eu la force de faire dix pas de plus pour gagner le chemin couvert. Cette mendiante, d’une vieillesse qu’il n’était plus possible d’apprécier (Jeanne Roussel disait d’elle : « Je l’ai vue toujours vieille, et je ne suis pas d’hier non plus ! »), était une des pauvresses du bourg de S… lesquelles allaient tracher[1] leur vie (comme elles parlaient) dans les campagnes voisines du bourg. Elle s’appelait Julie la Gamase.

La fatigue, la chaleur, la poussière, l’accablement, surajoutés à sa décrépitude et à sa misère, la rendaient affreuse et lamentable. La sueur trempait, comme si on l’eût retiré du puits, son pauvre bonnet en lambeaux, plaqué de travers sur sa tête branlante. Assise, ou plutôt couchée, le dos appuyé à son bissac, assez plein ce jour-là pour la soutenir contre un repli de terrain, elle figurait, dans ses haillons enflés par sa chute autour d’elle, un mon-

  1. Tracher, chercher (normand).