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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/132

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de gazon, mais de marécage — immonde lagune où veillent les crapauds !

Quand les Sombreval atteignirent cette butte aride et poussiéreuse, il faisait redoutablement chaud sur son sommet, calciné par le soleil depuis le matin. La chaleur était lourde. Le soleil, au plus haut point de sa course, dardait d’aplomb sur cette butte chauve, toute semblable à l’écaille rugueuse d’une vieille tortue. L’air embrasé paraissait blanc. La terre bouillait. Le silence du dimanche planait sur ces campagnes accablées ; et dans cette somnolence du midi, où les bœufs dorment dans l’ombre raccourcie des haies, on n’entendait que le bourdonnement aigu de la vêpe (comme ils nomment la guêpe en Normandie), ou le cri strident de la cigale, dans le sillon.

— Il faut se hâter de descendre cette butte — dit Sombreval, qui venait d’étendre une ombrelle sur la tête de sa fille et qui lui épargnait ainsi la peine de la porter — nous retrouverons de l’ombre en bas. Hâtons-nous, mon enfant. Ce soleil à rendre fou pourrait te faire mal.

Néel pressa le pas, mais Sombreval n’avait pas achevé de parler qu’un spectacle, qui devait remuer toutes les pitiés du cœur de Calixte, les arrêta court tous les trois, malgré la chaleur.