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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/13

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— C’est votre histoire qui nous arrive ! fit-elle. Ne vous désespérez pas. Vous allez l’entendre ! Vous vous imagineriez peut-être que je suis jalouse, si on ne vous la disait pas !

La personne qu’elle appelait mon histoire et qui parut sur le balcon où nous étions assis était un homme que j’avais vu maintes fois chez elle, et dont la physionomie marquée d’un caractère perdu dans l’effacement général des esprits et des visages actuels m’avait toujours frappé… pas autant que ce diable de médaillon qui menaçait de mettre la discorde dans le camp d’Agramant de notre intimité, mais cependant beaucoup encore.

Il est vrai que le médaillon était femme et que cet homme… n’était qu’un homme, mais un homme devient chaque jour chose assez rare pour que nous retournions vers cela moins languissamment nos sceptiques yeux ! Il s’appelait Rollon Langrune, et son nom, doublement normand, dira bien tout ce qu’il était, visiblement et invisiblement, à ceux qui ont le sentiment des analogies ; qui comprennent, par exemple, que le dieu de la couleur s’appelle Rubens, et qui retrouvent dans la suavité corrégienne du nom de Mozart le souffle d’éther qui sort de la Flûte enchantée.

Rollon Langrune avait la beauté âpre que nos rêveries peuvent supposer au pirate-duc