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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/126

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pas. Il avait donné sa parole à sa fille, qui avait tout prévu, le matin même.

— Il faut que ce calice soit bu, mon père ! — lui avait-elle dit avec la tristesse presque fatale de l’Ange des Oliviers ; — et, dominé par cette enfant chrétienne, Sombreval avait courbé la tête. Le démon s’était résigné comme le Dieu.

— D’ailleurs, nous serons deux pour le boire ! — ajouta-t-elle avec tendresse. Jésus-Christ but le sien tout seul.

Sombreval avait donc promis. — Seulement, parle-moi, disait-il pour apaiser le courroux qui lui remuait le cœur, — parle-moi ! que j’entende ta voix et que je n’entende plus ces rustres. Saül a besoin de la musique de son David.

Et disant ceci, il pressait le pas pour sortir de l’enclos et regagner au plus vite le chemin du Quesnay. Mais la huée continuait, opiniâtre. La colère léchait de sa langue de tigre, qui veut du sang, l’intérieur de la poitrine de Sombreval, de cette poitrine qui avait l’énergie ardente et le développement d’un poitrail.

Croyez qu’il souffrait ! et qu’il s’élevait dans l’âme de cet homme, lié par sa parole et si puissamment organisé, quelque chose de semblable à l’effort terrible de Damiens, quand il ramenait et faisait tomber sur leur croupe les quatre chevaux qui le tiraient et qui, sans le