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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/124

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coupable impuni qu’une législation athée protégeait. Il avait raison.

Dans un coin de terre chrétienne encore, cette poignée de paysans allait châtier, du seul châtiment que la loi n’eût pas enlevé aux mœurs, un homme… déicide autant qu’un homme peut l’être. Ces paysans avaient raison contre Sombreval ! Et quoique sa fille fût une créature à les faire tous tomber à genoux, s’ils l’avaient connue, et à qui ils auraient baisé les pieds sans bassesse, ils avaient raison contre Calixte elle-même, et elle le reconnaissait bien, tant l’esprit de cette enfant avait de clarté et de profondeur !

L’élève de l’abbé Hugon était trop chrétienne pour admettre l’irresponsabilité des enfants dans le crime ou la faute des pères, ce premier coup de hache, donné par une philosophie antisociale, dans la plus vivante des articulations de la famille, le lien inextricable qui unit le père aux enfants.

À l’église, elle avait déjà souffert de l’effet produit par la présence de son père, mais elle n’avait pas murmuré. Lorsqu’elle en sortit et qu’elle aperçut l’air de ces groupes animés et menaçants, qui semblaient épier son passage, elle appuya doucement la main sur le bras de son père, dont elle avait senti les redoutables muscles se roidir !