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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/122

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qui a bien l’air de ce qu’il est, par parenthèse ; mais la fille est intéressante ; elle a vraiment de la tenue pour la fille d’un gueux ! »

Lorsque la messe fut finie, Néel reconduisit son père à l’échalier du cimetière où son char à bancs l’attendait. Il passa tout près de Calixte encore agenouillée, et, malgré lui, il chercha des yeux la jeune fille, qui avait les siens baissés sur son livre et qui ne les releva pas.

Ses beaux cils, brillants et doux comme des pinceaux trempés dans de l’or liquide, estompaient d’une ombre où perlait vaguement la lumière les joues d’opale de ce visage où sous les ferveurs de la prière semblait trembler la lueur mystérieuse qui scintille au front des Anges adorateurs, dans une étoile ou dans une flamme, symbole de l’Amour éternel.

Tout en reconduisant le vicomte, il pensait revenir assez tôt pour retrouver à la même place cette jeune fille, ardemment contemplée et dont il ne pouvait rassasier ses regards, enivrés et altérés dans leur ivresse. Mais, quand il revint, elle sortait de l’église, son livre, blanc comme elle, à la main, ainsi que Marguerite, la première fois qu’elle rencontra Faust. Elle s’en venait, son bras nu et d’une chair de fleur, coulé sous le bras de son père.

Il y avait pour un poétique jeune homme, épris comme l’était Néel, des harmonies char-