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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/120

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de village, n’avait que des bancs et quelques chaises, mais en petit nombre. Chacun, en voyant Sombreval et sa fille, avait mis la main sur sa chaise et s’était un peu retiré, comme s’il eût craint le contact de ces pestiférés de l’infamie… Néel, qui avait le regard perçant de la jeunesse et de l’amour, avait vu tout cela. Il fouillait de l’œil le chœur et les chapelles, mais il n’apercevait pas ce qu’il cherchait.

Arrêtés à l’entrée du chœur, Sombreval avait dit tout bas un mot à sa fille, et il l’avait quittée, la laissant seule, sous le crucifix. Puis il était revenu bientôt, tenant deux chaises à bras tendu passant par-dessus la tête de tous. Il les avait arrachées à un de ces paysans malveillants, lequel avait fait mine de les défendre et les avait abandonnées en sentant les muscles de cet homme qui, comme le maréchal de Saxe, aurait rompu un fer à cheval dans sa main. Il les planta devant sa fille en jetant à la foule un regard qui, de même qu’un coup de pompe fait monter l’eau, fit monter le sang aux yeux de Néel.

L’amoureux de Calixte admirait le père de celle qu’il aimait ! Avec sa poitrine soulevée, sa colère gouvernée, son mépris jeté, dans un seul regard, à cette foule, Néel trouvait Sombreval presque beau. Mais sa fille ? Que devenait-il en regardant sa fille ? Calixte s’était