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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/12

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charmante, avec son chiffon rouge à la tête, cette petite. Qu’ai-je à craindre ? Elle est morte. Vous ne la ferez pas déterrer probablement, comme François Ier fit déterrer Laure. Et d’ailleurs, elle vivrait qu’elle aurait maintenant cinquante ans passés… l’âge d’une douairière…

Et elle souffla ce dernier mot comme si elle eût craint de casser le chalumeau de l’Ironie, en soufflant trop fort. Elle voulait rester du faubourg Saint-Germain dans son ironie, et cependant la Bégum qui enterra, vive, sa rivale, sous le siège où elle s’asseyait, pouvait bien avoir de l’air qu’elle avait alors dans sa ganache rose, — en plaisantant du haut de sa jeunesse, — comme si la jeunesse, la beauté, c’étaient là des trônes éternels d’où l’on ne doit jamais descendre !

Heureusement qu’au milieu de tout cela elle avait de la grâce ! Elle était atroce et charmante. Or, il y a tant de choses maintenant que je préfère à mon amour-propre, que, quand une femme a de la grâce, je souffre vraiment très bien qu’elle se moque de moi.

Tout à coup une main souleva le rideau du salon qui était baissé et qui flottait sur le balcon derrière sa tête comme une draperie d’or sur laquelle son visage, ardemment brun, se détachait bien.