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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/118

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était un noble vieillard, aux traits pleins de majesté, haut comme un homme de guerre, mais qui commençait à se voûter un peu. Il avait été plus grand et plus fort que son fils Néel, et quand il s’appuyait sur son bras, il paraissait maintenant moins grand que le jeune homme. Il était vêtu d’un simple habit de camelot gris, coupé à l’antique, sur lequel était attaché ce ruban de croix de Saint-Louis que l’Empereur, qui se connaissait en héroïsme et qui savait parfois fermer avec génie ses yeux d’aigle, n’empêchait pas de porter, quoiqu’elle eût été gagnée au service de la maison de Bourbon.

Le vicomte Éphrem gardait la coiffure de sa jeunesse. Il avait de la poudre et cette queue allemande qu’il avait portée en émigration, et qui allait si bien aux mâles tournures et aux larges épaules de ces lions de guerre, qui se tressaient ainsi leur crinière pour le combat !

Son fils, debout auprès de lui, dans son habit de chasse vert, à boutons d’argent et à tête de loup en relief, apparaissait comme la branche verdoyante, l’orgueil et l’espérance du vieux tronc. Recueillis et dans des attitudes pieuses, ils écoutaient l’office qui s’ouvrait, quand un mouvement singulier qui se produisit dans les profondeurs de la nef attira leur attention… Ils regardèrent.