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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/113

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gens du rivage, et le spectacle effrayant qu’elle offrait ne désarmait pas Néel de la volonté qu’il avait exprimée. L’obstacle soulevait son caractère comme la tempête soulevait le flot. Il était pâle, et son beau visage avait cette expression de volonté surhumaine qui est un défi porté aux choses elles-mêmes. « Gustave ! dit-il, nos chevaux valent bien les planches d’un bac. Si nous passions ! »

Et il aimantait de ses yeux les yeux de son ami, qui lui répondit un mot aussi simple et aussi sublime que le J’y pensais du sire de Joinville à la reine de France : « Va devant, Néel, et je te suis ! » On parle encore à la Maison-Blanche de cette incroyable folie à laquelle on voulut en vain s’opposer !

Les chevaux, dont l’instinct était plus sage que leurs maîtres, se cabraient devant les vagues qui semblaient rouler la mort dans leur écume, et ils les flairaient, hérissés, comme ils auraient flairé des obus fumants. Mais la volonté de leurs cavaliers finit par entrer dans leur ventre, sous les coups redoublés des éperons, et ils se précipitèrent. Néel faisait ce que Gustave avait dit. Il allait devant, — sans se retourner, — sûr de son Gustave, fouettant les houles de sa cravache, comme Xerxès dut fouetter la mer. Ce fut long, disputé, terrible ! Ils coupaient le flot. Le flot les coupait. Du ri-