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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/108

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pas exiger plus de respect du fils Herpin, en parlant du prêtre marié et de sa progéniture.

Quand ce finaud de paysan lui rappela cette action de Sombreval qu’il aurait châtiée sans l’intervention de Calixte, il sentit nettement la position fausse vis-à-vis de lui-même que son sentiment devait lui créer, et il commençait d’avoir honte de l’état de son cœur. Hélas ! toute passion rompt par la moitié l’âme d’un homme et fait de son être deux tronçons qui ne se rejoignent pas pour se guérir, mais pour se blesser !

Néel de Néhou, le fils du vicomte Éphrem, le descendant de Néel de Saint-Sauveur, le grand vicomte de Cotentin, et, par sa mère, de vingt générations de Palatins et de Castellans, amoureux de la fille à Jean Gourgue, dit Sombreval, le renégat et le sacrilège, était une de ces monstruosités morales et sociales dont l’existence lui aurait paru, avant ce moment, impossible !

Livré depuis un mois à des rêveries et à des curiosités brûlantes, dans cette campagne où il errait comme une âme en peine ; oisif et solitaire, il n’avait pas eu d’autre idée et d’autre espérance que celle-ci : « Je veux et je vais la revoir ! » Et voilà que les paroles du fils Herpin dont il avait partagé, il y avait si peu de temps encore, les manières de sentir sur les