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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/101

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Depuis qu’il savait sangler un cheval et en rattacher les gourmettes, Néel avait toujours aimé à courir par monts et par vaux. Il jetait l’activité dont il débordait aux quatre angles de la rose des vents. Quand on le croyait à chasser le loup ou le sanglier sur un point éloigné de la presqu’île, tout à coup il apparaissait sur un autre.

Aux yeux de son père accoutumé à ses absences, et à qui d’ailleurs il n’avait rien dit de la scène avec les Sombreval, la vie de Néel, si changée au fond, ne fut point extérieurement modifiée, mais il n’en était pas tout à fait de même pour les gens qui allaient et venaient dans ce coin de pays, et qui l’y rencontraient, — comme ils disaient avec la narquoise expression de la contrée, — « un peu plus souvent qu’à son tour ».

Habitués aussi aux absences de Néel, qu’ils ne voyaient que de loin en loin dans les mêmes parages, ils durent s’étonner, sans nul doute, de l’y trouver hantant les mêmes places et battant toujours les mêmes buissons, quand il les battait. Mais à cette époque de mon histoire, nul d’entre eux n’aurait soupçonné dans quel but monsieur Néel — car ils l’appelaient monsieur Néel, avec un respect familier et tendre, comme les paysans du Bocage appelaient Henri de La Rochejaquelein monsieur