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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/10

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ainsi, reprit-elle après un silence, qu’aurait fait donc de vous la femme de ce portrait, si vous l’aviez jamais connue ?…

— Elle a donc existé ? m’écriai-je.

— Certainement, fit-elle nonchalamment. Elle a existé. C’est toute une histoire. Et même, ajouta-t-elle avec l’aplomb (un peu pédant, je l’avoue) d’un vieux moraliste, une histoire qui devient chaque jour de plus en plus incompréhensible, avec nos mœurs !

Que voulait-elle dire ? Cingler ma curiosité, sans nul doute. Elle s’était arrêtée… pour prendre le plus bel air de sphinx qu’une femme, assise dans une ganache, ait jamais pris devant une autre ganache, emplie d’un curieux. Elle avait l’intention féroce, et elle savait bien qu’en ce moment-là le silence était sa meilleure manière de me dévorer.

— Et la savez-vous, cette histoire ? lui dis-je presque avec flamme, car j’étais trop intéressé par ce qu’elle venait de m’apprendre pour faire du machiavélisme avec elle. Je me souciais bien de Machiavel !

— Mais, quand je la saurais, fit-elle, croyez-vous que je vous la dirais ? Vous n’êtes déjà pas si aimable ! Il faudrait être sotte vraiment pour s’exposer à augmenter vos distractions, en vous intéressant à une femme dont le portrait seul vous fait rêver… près de moi. Et