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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/97

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qui a le plus de cette inexprimable chose qu’on nomme le charme, faute d’y rien comprendre :

Cette grappe du Scorff, cette fleur de blé noir !

Mais cet amour de la Bretagne, qui a donné un goût de terroir à ses meilleurs vers, ne fut point en lui la passion qui, à force d’intensité, monte quelquefois jusqu’au génie. Nous l’avons dit au commencement de ce chapitre, malgré l’amour vrai de son pays, dont il eut encore plus pourtant la coquetterie que l’amour, Brizeux, le Breton, n’a pas été assez Breton. Il ne l’a pas été, par exemple, comme Burns a été Écossais. Burns, lui, s’est contenté d’être un Écossais à trente-six carats, comme le diamant, et il eût fièrement dédaigné d’être autre chose ! Ce rude et joyeux jaugeur, au bonnet bleu et à la branche de houx, ce chanteur de chansons, le soir, dans les granges, ce joueur de violon et de cornemuse — qui ne l’est pas qu’en vers — et qui faisait réellement danser dans leurs sabots les meunières et les batelières de l’Écosse, a toujours vécu sur le cœur de son pays, et il y a trouvé sa force et sa gloire. Une seule fois, je crois, il l’a quitté pour aller à Londres, mais ce ne fut pas long ! Il revint bientôt à son cher pays, comme l’enfant qui saigne revient à sa mère.

Brizeux ne fut jamais Breton avec cette franchise, cette impétuosité, cette rondeur et cette obstination… écossaise ! Il n’avait pas ce bonheur d’être un paysan, — un vrai paysan, — dans un poète. La civilisation, cette Dalila de toutes manières, lui avait coupé les cheveux, à ce Celte qui, d’ailleurs, n’avait jamais été